Affluents

Publié le par Gilles Vidal

La Rencontre, le deuxième livre d’Aurélie Lesage, n’est pas un roman à proprement parler mais je dirais plutôt un très long récit éclaté où la narratrice (l’autrice ?) a mis au jour son enfance, son adolescence, ses fantasmes, ses craintes, ses espoirs, ses envies et le flux tumultueux de sa jeune vie en des sortes de thématiques invisibles mais prégnantes, tantôt sensuelles, tantôt tragiques, ironiques, abstraites, voire cruelles et ubuesques, ou alors tristes, joyeuses, éblouies, pleines d’espérance ou désespérées. Le tout avec une belle écriture fluide qui passe avec aisance d’un sujet à l’autre et qui se laisse lire paresseusement comme l’eau des étroites rivières coule dans le cœur de l’été. Qu’importe le fil du récit, il s’étire et se divise en de multiples affluents qui prennent le lecteur dans leurs bras. D’autre part, la narratrice (c’est en quelque sorte la ligne rouge du récit) doit attendre la venue de l’étincelle qui provoquera LA rencontre et continuer à frotter ses cailloux imaginaires, des cailloux « si maigres, si décharnés » que l’on en dirait presque des éponges, afin qu’ils produisent l’étincelle rédemptrice. Bref, comment s’adapter à ce monde parfois impitoyable, où il est difficile de se faire une place, à ce monde où se trouve peut-être celui ou celle que l’on attend en vain ? (la rencontre primordiale qui changera tout, la vie de tous les jours bien sûr, mais aussi des perspectives d’avenir, et le reste, cette rencontre sublimée tout du long, qu’elle nomme et tutoie en quasi permanence), comme d’autres, poussiéreux aux mines grises à force de patienter, attendent un Godot imaginaire. Un récit impossible à résumer tant il est dispersé mais à lire avec grand plaisir car il éveille en nous une houle de sentiments souvent profondément enfouis.

 

La Rencontre, d’Aurélie Lesage, 239 p., 15 €, Sinope Éditions, 2022.

 

 

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