Vendredi 11 mai 2012
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Cela fait plusieurs décennies maintenant que Pierre-Robert Leclercq tisse une œuvre éclectique, composée de romans, récits et
recueils de nouvelles, de pièces de théâtre, de pamphlets, d’essais et même de biographies historiques. Le tout patiemment et avec obstination, envers et contre tous et surtout avec un rare
talent protéiforme – ce qui ne peut que nous faire regretter que cette œuvre ne soit pas plus mise en lumière.
Son dernier ouvrage, Bonnot et la fin d’une époque, sorti le mois dernier (à
l’occasion rappelons-le, de l’anniversaire de la mort du célèbre bandit), est l’illustration parfaite de la manière de faire de Leclercq.
Enrichi de coupures de presse (Le Gaulois, L’Action Française, Le Petit Parisien, L’Humanité,
Le Figaro, etc.) comme autant de jalons nous permettant d’assimiler
l’atmosphère de l’époque, son ouvrage nous livre l’itinéraire – la fuite en avant – de ce Jules Bonnot, au départ anarchiste, ayant connu la misère et le chômage, et qui, par la mauvaise grâce de
ses multiples braquages, passera de la révolte sociale au meurtre le plus violent, et sera enfin porté au pinacle d’une bien sombre célébrité. Pourtant, comme nous le rappelle l’auteur, Jules
Bonnot et les siens ne sont pas des tueurs-nés, mais simplement le fruit amer des idées directrices du mouvement anarchiste de la fin du xixe siècle. Et, il n’oublie pas de faire un parallèle avec ce qu’il se passe
aujourd’hui dans nos banlieues oubliées, déshéritées, creuset de toutes les révoltes actuelles et futures, comme si l’Histoire ne serait somme toute qu’une éternelle répétition – les mêmes causes
engendrant les mêmes effets.
Ajoutons à cela que le récit captivant de Pierre-Robert
Leclercq se lit comme un roman, s’achevant par une bien belle chanson de Boris Vian qui nous fait entrevoir combien ces hors-la-loi
hors normes deviennent des héros aux yeux des révoltés de toutes les époques :
Jules Bonnot c’était pas n’importe qui
Et sa tête, on en donnait un bon prix
Pour l’avoir, tous les gars de la police
Se seraient hachés comme chair à saucisse
Tout seul contre tous, il résista jusqu’au bout
Et la société était dans ses p’tits souliers
Sans histoire, il faisait du bon boulot
Et l’Histoire a consacré ce héros
Le matin, les rupins sur leur paillasse
En tremblant s’demandaient avec angoisse :
« C’est-y moi qui vais leur servir de cible ?
Ah mon Dieu, non vraiment c’est pas possible ! »
Et Bonnot peinard, détroussait les encaisseurs
Devant les anars, le pays tremblait de peur
Mais un jour, une femme l’a doublé
Et Bonnot, cette fois ça l’a troublé !
Bonnot et la fin d’une époque, de Pierre-Robert Leclercq, 266 p., 21 €, Les Belles Lettres, 2012.
© Gilles Vidal
http://gilles-vidal.pagesperso-orange.fr